Dante 1321: Göttliche Komödie

„La nouvelle traduction néerlandaise de ‚L’Enfer de Dante‘ a été amputée de sa référence au prophète Mahomet afin de «ne pas blesser inutilement“. Auch wer nicht Französisch spricht, versteht das brutale Wort „amputiert“. Und ebenso brutal ist der vorliegende Sachverhalt, den Christophe de Voogd, Historiker an der Elite-Universität Sciences Po in Paris, im „Le Figaro“ beschreibt:
„Die neue niederländische Übersetzung der ‚Hölle von Dante‘ ist beschnitten worden um den Bezug zum Propheten Mohammed, um Muslime nicht unnötig zu verletzen“.
Dabei handelt es sich um „un des livres phares de la culture occidentale, ‚La Divine Comédie de Dante'“, also um „eines der Leuchtturm-Bücher der abendländischen Kultur, die ‚Göttliche Komödie von Dante'“.
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Unsere abendländische, westliche Zivilisation gründet nach den Worten von Paul Valéry auf dem zusammengefassten Vermächtnis von ‚Athen, Rom und Jerusalem‘. Und die Göttliche Komödie von Dante „ist zweifellos eine der symbolhaftesten und vollendetsten Ausdrucksformen dieser drei Vermächtnisse, die von Dante meisterlich vereint und neu interpretiert wurden“
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In seinem Hauptwerk „La Divina Commedia“ stellt Dante Alighieri (1265 in Floranz – 1321 Ravenna) seine Traumreise durch Hölle (Inferno), Läuterungsberg (Purgatorio) hin zum Paradies (Paradiso) dar- erstmals nicht in lateinischer Sprache, sondern auf Italienisch, weshalb Dante auch heute als größter italienischer Dichter gilt.
Die „Göttliche Komödie“ ist Teil des Weltkulturerbes der Unesco – unzensiert, also exakt so, wie in den Jahren 1312 bis 1321 niedergeschrieben. Und dieses Weltepos wird jetzt im Zuge der Cancel Culture umgeschrieben, indem man Texte von 1312 mit Bezug zum Propheten Mohammed cancelt bzw. löscht, die Muslime im Jahr 2021 beleidigen könnten.
Christophe de Voogd prangert mit deutlichen Worten den Anachronismus dieser Cancel Culture an, welche „die Woke-Kultur ausmacht, die mit den Werten von heute mit einer moralischen Gartenschere in der Hand die Vergangenheit – inklusive der allerentferntesten – neu interpretiert“.
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Auf den unten dokumentierten Zeitungsartikel „Die Political Correctness erscheint in einer Form des kulturellen Selbstmordes“ von Christophe de Voogd aus dem Figaro geht Jürgen Liminski in seinem Beitrag „Verweis auf Prophet Mohammed in Dantes „Göttlicher Komödie“ gecancelt“ ein, den Sie hier finden.
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In den deutschen Medien ist hierzu kaum etwas zu lesen. Traurig. Kein Aufscherei, keine Diskussion um diesen literaturgeschichtlichen Skandal. Soll man sich in Sarkasmus flüchten, oder in Resignation? Wird demnächst verboten, die „Göttliche Komödie“ zu lesen? Oder ist es unzulässig, antike Bücher zu besitzen? Alles unnütze Fragen?
10.4.2021

Dante: «Le politiquement correct s’apparente à une forme de suicide culturel»
„Dante: Die Political Correctness erscheint in einer Form des kulturellen Selbstmordes“

La nouvelle traduction néerlandaise de L’Enfer de Dante a été amputée de sa référence au prophète Mahomet afin de «ne pas blesser inutilement». Christophe de Voogd s’inquiète du triomphe du nouveau politiquement correct, qui vise uniquement l’héritage occidental.
Christophe DE VOOGD. –
Le mot de censure est très général et renvoie d’abord dans l’histoire littéraire à l’intervention des autorités religieuses ou politiques, donc à une restriction de la liberté de création venue d’en haut. Ici nous avons affaire à une décision de l’éditeur, donc un acteur de la société civile, touchant non pas à l’expression d’un auteur vivant mais au patrimoine littéraire lui-même, à travers l’un des livres phares de la culture occidentale, La Divine Comédie de Dante.
Il s’agit donc d’une véritable réécriture sélective du passé à la tonalité orwellienne. Elle s’inscrit en fait parmi toute une série d’affaires récentes touchant les films, les livres, les programmes scolaires et universitaires: application d’une cancel culture qui proscrit tout ce qui est susceptible d’ «offenser» une «sensibilité», ici celle des musulmans, qui n’ont pourtant en l’occurrence rien demandé.
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Il s’agit d’une véritable réécriture sélective du passé à la tonalité orwellienne
Précisons toutefois qu’il s’agit ici non pas d’une traduction (il y en a de récentes et d’excellentes aux Pays-Bas comme en France) mais d’une adaptation pour la jeunesse, spécialité de la très récente et très mineure maison d’édition néerlandaise Blossom Books, qui n’espérait sans doute pas une telle publicité.
La traductrice/adaptatrice n’est d’ailleurs pas du tout une spécialiste de l’italien. Mais le fait qu’il s’agisse du deuxième incident à quelques semaines de distance après la renonciation de la traduction du poème d’Amanda Gorman par une traductrice blanche, montre que la culture woke se répand aux Pays-Bas. J’observe -signe des temps- que cela suscite davantage d’intérêt en France que les élections néerlandaises qui se sont tenues la semaine dernière.
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Selon vous, s’agit-il d’une renonciation nécessaire dans le contexte actuel?
Votre question pourrait justifier l’autocensure. Les menaces pesant sur tous ceux qui, de près ou de loin, s’interrogent sur l’islam, voire qui dénoncent le seul islamisme, doivent-elles y conduire? C’est tout l’enjeu des suites de la tragédie de Samuel Paty: conduira-t-elle à une réaction ferme des partisans de la liberté d’expression ou au contraire au triomphe du nouveau politiquement correct, par une combinaison de peur et de lâcheté? Mais il a encore plus: toute cette agitation autour de la «sensibilité» des uns ou des autres repose en fait sur une profonde ignorance littéraire et historique, dont je constate les progrès chaque jour.
Toute cette agitation autour de la « sensibilité » des uns ou des autres repose en fait sur une profonde ignorance littéraire et historique, dont je constate les progrès chaque jour.
Ignorance d’abord de ce qu’est la littérature qui est une «offense» permanente aux préjugés, aux conforts et aux enfermements de l’entre-soi, puisqu’elle est par définition l’ouverture à tous les possibles, la traversée imaginaire des «cercles» concentriques de la condition humaine, «l’appropriation», comme on dit aujourd’hui, par l’auteur comme par le lecteur d’autres destinées que la leur.
Ignorance ensuite du texte de Dante qui envoie dans son Enfer quantité de papes et de héros, ainsi que des homosexuels, qui devraient donc eux aussi demander une épuration pour «ne pas être blessés». Et faire de Dante un «islamophobe» avant la lettre fera sourire tous ceux qui connaissent les hommages rendus dans son poème à Saladin ou à Averroès. À quoi s’ajoute l’hypothèse, il est vrai controversée, que Dante s’est aussi inspiré de l’eschatologie musulmane.
J’observe que, bien plus habilement, le pape François vient de saluer au même moment (celui du 700e anniversaire de la mort de Dante) la Divine Comédie en rappelant au passage tous les hommages de ses prédécesseurs. Enfin, ce livre, à la forte inspiration ésotérique, nourri de toute la mythologie antique et de la spiritualité chrétienne, tout en fourmillant de détails sur la réalité politique italienne des années 1300, s’oppose, dans son foisonnement même, à toute lecture réductrice et ouvre depuis des siècles la voie à quantité d’interprétations.
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Après une levée de boucliers, la maison d’édition a finalement réintégré le passage, en ajoutant une note de bas de page. Ces précautions vous semblent-elles nécessaires?
Si l’on veut terminer sur une note positive, l’on peut quand même se réjouir qu’une maison d’édition mineure ait eu envie de proposer ce texte canonique aux jeunes générations, considérant donc qu’il y avait là un trésor à faire redécouvrir.
Si le passage sur Mahomet est finalement rétabli, on ne peut que s’en féliciter et, comme pour la question des statues et autres marqueurs de notre patrimoine, une explication – une «contextualisation» comme on dit aussi aujourd’hui – est très utile pour des générations qui n’ont quasiment plus de bagage historique ; et qui, prises dans le présentisme de notre postmodernité, n’ont plus le sens de la différence des temps.

La culture woke s’attaque exclusivement au patrimoine occidental, dans ce qu’il faut bien appeler une forme de suicide culturel.
Encore faut-il veiller de près à la rédaction de cette «contextualisation», qui consiste souvent à excuser nos «pauvres» prédécesseurs de ne pas avoir atteint notre excellence éthique. J’ai donc bien peur que cela ne remette pas vraiment en question l’anachronisme permanent que constitue la culture woke qui revisite avec les valeurs d’aujourd’hui, sécateur moral en main, le passé, y compris le plus lointain.
Le passé occidental, plus exactement car, curieusement, personne ne semble «s’offenser» de l’homophobie, du racisme ou de la misogynie présente dans d’autres cultures. Cette sélectivité est à mes yeux le signe d’une entreprise politique et non scientifique, provenant d’abord des Occidentaux eux-mêmes, exclusivement tournée contre tout ce qui constitue le patrimoine occidental, dans ce qu’il faut bien appeler une forme de suicide culturel. Que les études classiques et l’héritage chrétien soient particulièrement visés en ce moment dans une civilisation fondée, comme disait Valéry, sur les héritages cumulés d’«Athènes, Rome et Jérusalem», en est la preuve indubitable.
Or la Divine Comédie est sans doute l’une des expressions les plus symboliques et les plus achevés de ces trois héritages, magistralement croisés et réinterprétés par Dante.
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Mais comme, encore une fois, je tenais à terminer sur une note positive: constatons que le rétablissement du passage sur Mahomet dans la nouvelle adaptation néerlandaise, après le retour – «contextualisé, bien sûr! – d’Autant en emporte le vent dans le catalogue de HBO, montre que les réactions de l’opinion ont leur effet.
C’est du moins l’espoir auquel je veux me raccrocher. À moins que les experts «woke» ne viennent nous expliquer que la division et le conflit entre «Guelfes blancs» et «Guelfes noirs», auquel Dante prit une part active (qui faillit lui coûter la vie), avaient une dimension raciale évidente…D’autant que Dante avait pris le parti des «blancs»!
… Alles vom 26.3.2021 von Christophe de Voogd bitte lesen auf
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/dante-le-politiquement-correct-s-apparente-a-une-forme-de-suicide-culturel-20210326
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Christophe de Voogd est historien à Sciences Po, spécialiste de rhétorique politique et des «usages du passé», auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours

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